Tuesday, March 28, 2006

100.000 morts le 29 mars 1947 , pourquoi ?


En 1947, Madagascar connaît de graves émeutes. Des bandes armées attaquent et pillent des dépôts militaires français. Des européens sont massacrés par les rebelles. Une sévère répression militaire est mise en oeuvre appuyée par l'aviation.

Ces événements résultent de la campagne antifrançaise menée par la fraction extrémiste du Mouvement de rénovation malgache ( MDRM).


L’insurrection a été prévue éclater à 22 h dans cinq villes : Moramanga, Manakara, Fianarantsoa, Antananarivo et Antsiranana. Les rebelles de la capitale renoncent in extremis car les agents policiers ont commencé à inspecter les voitures à partir de 7 h du soir.

A Antsiranana, les insurgés ont réussi à couper l’électricité. Parvenus au camp militaire Lazaret, les militaires, dont les deux tiers sont leurs complices, sortent comme convenu les armements, censés être utilisés pour attaquer les «vazaha». Mais 80% des rebelles ne sont pas venus, des traîtres les ayant dissuadés. Ainsi, les militants se font prendre. En tout, les colons en emprisonnent mille.

A Fianarantsoa, les rebelles coupent l’électricité à Talata-Ampano, à quelques dizaines de kilomètres de la ville, espérant ainsi faciliter la tâche. Mais ils se font également prendre lors de l’attaque du camp militaire, la résistance coloniale s’étant déjà apprêtée.



2500 morts en trois jours à Moramanga

Les actions n’auront été plus ou moins réussies qu’à Manakara. A 22 h, les insurgés ont attaqué les camps de police et de gendarme. L’opération s’est bien déroulée, leurs complices militaires n’ayant pas montré de la résistance. Les rebelles ont par la suite attaqué des terres coloniales et les bâtiments publics. Il s’agissait surtout de dépouiller les résidents français.

Les instigateurs se sont déjà donné le mot d’ordre selon lequel aucun sang ne serait versé, sauf en cas de résistance et que les femmes, les enfants, les missionnaires et les étrangers non français seraient isolés. Néanmoins, des actes violents ont quand même eu lieu à Ambila, Sahasinaka et Ampasimanjaka.

A Moramanga, les 2000 insurgés ont attaqué les lieux fréquentés par les Français et leurs résidences, notamment la gare, l’hôtel Larrieu et le camp Tristani. Ils parviennent aisément à tuer les officiers français qui surveillent le bourg, ceux-ci dormant profondément. Par contre, les tirailleurs sénégalais qui gardent le camp militaire sont mieux armés que les rebelles. L’armement leur étant inaccessible, les insurgés se retirent au matin avec la population rurale.

Les tirailleurs vont se venger en se rabattant sur les indigènes. Dès le lever du soleil, ils entreprennent d’incendier toutes les maisons. Le renfort une fois arrivé vers midi, ils massacrent à coups de baïonnette tout ce qui bouge. En trois jours, 2500 individus, dont 60% sont des femmes et des enfants, ont péri.





200 prisonniers fusillés

L’administration coloniale condamne le Mouvement démocratique pour la rénovation malgache (MDRM) d’avoir perpétré le coup. Dès le lendemain de l’insurrection, les membres connus du MDRM, sont arrêtés. Raseta est arrêté à Paris le 6 avril, Ravoahangy et Raseta le 14 mai malgré l’immunité parlementaire.

Moramanga, Ambatondrazaka, Vohipeno, Manakara, Fianarantsoa, Ifanadiana, Mananjary, Nosy Varika, Mahanoro, Vatomandry et Antananarivo sont mis en état de siège. Entre avril et août, 30 000 militaires de Djibouti et du Sénégal ont été envoyés dans l’île pour réaliser la nouvelle conquête coloniale.

Les prisonniers endurent diverses tortures, telle celle consistant à tremper leur tête dans un seau rempli d’eau bouillie et épicée, jusqu’à ce qu’ils dévoilent les noms d’autres rebelles. En même temps, les colons procèdent à l’incendie des villages environnant les régions réputées révoltées et y jettent des prisonniers vivants par avion pour terroriser la population. Les membres du Parti des déshérités de Madagascar (Padesm) confisquent les biens et les épouses des insurgés faits prisonniers.

Tous les partis ont été dissous le 10 mai 1947. Cinq jours plus tôt, les forces coloniales ont capturé 166 membres du MDRM à Ambatondrazaka qui ont opéré à Moramanga. Elles les ont ramenés dans la ville et les ont fusillés dans le train. 71 d’entre eux en sont rescapés, certains avec beaucoup de blessures. Les militaires les fusilleront dans la forêt de la ville. Un seul en a survécu.

Les insurgés qui ont échappé aux colons se sont réfugiés dans la côte Est. Ils ont prolongé la guerre jusqu’en juillet 47, notamment le long de la côte Est. Ils ont détruit les rails de Moramanga entre avril et mai, puis ceux d’Antananarivo et de Fianarantsoa, tout en accomplissant des violences sporadiques envers les résidents français.

Mais les troupes de répression ayant fait de Moramanga et de Manakara leurs bases de départ, les rebelles ont dû se retrancher dans les forêts du sud. Ils y ont subi une rude épreuve, s’habillant vaille que vaille, se nourrissant de racines, de tavolo et de hofika… La plupart sont morts de maladies diverses.



Bilan obscur

Le procès des chefs des partis MDRM, Jina et Panama s’est tenu entre le 22 juillet et le 4 octobre 1948. Ravoahangy et Raseta ont été condamnés à mort, et Rabemananjara à s’exiler jusqu’à sa mort. Mais tous les trois se trouveront grâciés après une décennie. Vingt condamnés à mort ont été exécutés par fusillade, dont trois à Antananarivo, cinq à Moramanga et douze à Fianarantsoa.

Enfin, le nombre de personnes qui ont péri pendant l’affaire 47 demeure toujours obscur. Le chiffre officiel a été arrêté à 89 000 individus. Mais l’administration coloniale l’a rectifié à plus de 100 000 morts en y ajoutant les fuyards réfugiés dans la forêt.

Après de dures luttes pour l'indépendance et une violente répression, Madagascar devient une république autonome en 1958. Elle acquiert une totale souveraineté en 1960 et devient une république démocratique en 1975.

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