Dans son nouveau livre, Notre poison quotidien,
Marie-Monique Robin s'attaque à l'aspartame et à la façon dont cette
substance a été mise sur le marché. OWNI publie les bonnes feuilles de
son enquête.
Dans son livre Notre poison quotidien aux éditions de la Découverte (à paraître le 24 mars) et dans le documentaire
(diffusé le 15 mars sur Arte), Marie-Monique Robin revient sur trois
cas emblématiques des problèmes liés à l’industrie agroalimentaire : les
pesticides, l’aspartame et le bisphénol A. Elle s’arrête notamment sur
l’aspartame (E951), édulcorant de synthèse au pouvoir sucrant deux cents
fois supérieur à celui du sucre de canne et découvert par James
Schatter, chimiste de la société pharmaceutique G.D. Searle. L’aspartame
est composé de trois molécules : l’acide aspartique (40%), la
phénylalanine(50%) et le méthanol(10%). Ce sont les effets nocifs
potentiels de chacune de ces trois molécules qui alimentent la
controverse depuis quarante ans.
MM Robin rappelle dans son enquête la
polémique importante qui a précédé l’homologation de l’aspartame par la
Food and Drugs Administration. Celle-ci fut prononcée peu après la
nomination d’un certain Donald Rumsfeld à la tête de Searle. Et cette
décision enclencha l’effet “boule-de-neige” dans les administrations
européennes qui prirent le même chemin, autorisant tour à tour
l’aspartame. OWNI publie les bonnes feuilles du livre de Marie Monique
Robin sur le silence des autorités publiques en réponses aux différentes
alertes sur les méfaits possibles de cet édulcorant.
Le savant n’est pas l’homme qui fournit de vraies réponses, c’est celui qui pose les vraies questions.
Claude Lévi-Strauss.
« Ceux qui attaquent la sécurité de l’aspartame attaquent aussi les
décisions indépendantes des autorités sanitaires et réglementaires du
monde entier. Le fait est, Monsieur le sénateur, que
toutes les autorités ou institutions scientifiques, médicales ou réglementaires, non seulement des États-Unis mais aussi partout dans le monde, qui ont
examiné le dossier scientifique concernant la sécurité de l’aspartame sont toutes parvenues,
indépendamment et séparément à la même et unique conclusion, à savoir que l’aspartame est sans danger
. » Ces fortes paroles de Robert Shapiro sont particulièrement
savoureuses quand on sait que l’aspartame doit son succès mondial à un
(peu reluisant) « effet de troupeau », ressemblant à s’y méprendre à
celui qui conduisit les moutons de Panurge à leur perte.
Dans
Le Monde selon Monsanto, j’ai longuement évoqué le
parcours de l’ambitieux et arrogant patron de la firme de Saint Louis,
qui voulait révolutionner la planète avec les OGM. Il a commencé sa
(fulgurante) carrière comme avocat chez… Searle. En 1983, il est nommé
P-DG de NutraSweet, la filiale de la firme pharmaceutique chargée de
produire l’aspartame (qui est vendu aux États-Unis sous le nom de
« NutraSweet »). Il est confirmé dans ses fonctions en 1985, lorsque
Searle est rachetée par… Monsanto, dont il prendra la tête en 1995
.
1987 : les révélations de la commission Metzenbaum du Sénat américain
En ce jour de novembre 1987, Robert Shapiro est cité comme témoin
dans une audition sénatoriale à Washington, organisée par Howard
Metzenbaum, un élu démocrate de l’Ohio qui n’a jamais fait mystère de
son opposition à l’aspartame. Conscient que l’interdiction pure et
simple de l’édulcorant est un mirage hors de portée, il bataille alors
pour obtenir ce qu’il considère comme une mesure de salubrité publique, à
savoir l’étiquetage obligatoire de la quantité d’aspartame contenue
dans les produits alimentaires. Lors d’une séance du Congrès qui s’est
tenue le 5 mai 1985, il s’interrogeait déjà en ces termes : « Avec
toutes les inquiétudes concernant la sécurité du NutraSweet, est-ce
qu’il n’est pas sensé, logique, que les individus et leurs médecins
sachent combien d’aspartame contient leur soda light ? En quoi est-ce si
terrible d’indiquer la quantité ? De quelle autre manière un
consommateur ou son médecin peut-il savoir s’il a dépassé les limites
d’une consommation raisonnable, tout particulièrement pendant les mois
d’été
? »
J’ai consulté les cinq heures d’enregistrement de l’audition du
3 novembre 1987, disponibles sur le site de la chaîne parlementaire
C-Span
. Et je dois dire que j’ai été fascinée par la capacité des Américains à
déballer très officiellement toute une série de vérités fort
dérangeantes, même si cela ne change pas grand-chose au bout du compte –
en l’occurrence, l’aspartame n’a toujours pas été interdit ni même
étiqueté près d’un quart de siècle plus tard. C’est ainsi que j’ai
découvert que le Pentagone avait mis la substance sur une liste de
produits candidats pour le développement d’armes chimiques. Ou que pas
moins de dix hauts fonctionnaires de la FDA, qui avaient œuvré dans
l’entourage d’Arthur Hayes, le patron de l’agence fédérale de 1981 à
1983, pour ficeler l’homologation de l’aspartame d’abord pour les
produits secs (1981), puis pour les boissons gazeuses (1983), avaient
ensuite été recrutés par Searle ou Monsanto. Parmi eux : un certain
Michael Taylor.
Dans mon enquête sur Monsanto, j’ai raconté comment cet avocat d’un
cabinet conseil de la multinationale avait été nommé en 1991 numéro deux
de la FDA (où il restera trois ans) pour rédiger la
(non)-réglementation des OGM, puis deviendra en 1998 vice-président de
Monsanto, firme pionnière en la matière. Considéré comme l’archétype de
la pratique des « portes tournantes », il avait commencé son activité
pendulaire entre les secteurs privé et public dès le début des années
1980, puisqu’il représenta la FDA lors du Public Board of Inquiry sur
l’aspartame. Quant à Arthur Hayes, qui quitta l’agence en novembre 1983,
dès sa mission accomplie, il devint consultant de Burson-Marsteller,
l’une des firmes de communication préférées de NutraSweet et de Monsanto
.
J’ai découvert aussi que, sollicité par le sénateur Metzenbaum, le
Government Accountability Office (GAO), considéré comme le « bras
investigateur du Congrès », avait entendu soixante-sept scientifiques :
« Plus de la moitié avait déclaré avoir quelques inquiétudes concernant
la sécurité de l’aspartame » – douze d’entre eux avaient reconnu « être
très préoccupés
». Et j’ai découvert encore que, cinq ans après sa mise sur le marché,
l’aspartame était le produit pour lequel la FDA avait reçu le plus de
plaintes spontanées, dont 3 133 concernaient des « troubles
neurologiques ».
Pour incarner les (nombreux) « effets secondaires » – j’y reviendrai –
de la poudre blanche qui a « conquis les papilles des Américains »,
selon les termes du sénateur Metzenbaum, celui-ci a convié le major
Michael Collins, un pilote de l’US Air Force. Adepte des footings
carabinés (« sept à dix kilomètres dans le désert du Nevada »),
l’officier avait pris l’habitude de boire « au moins un gallon [3,8
litres] de Coca light par jour ». Progressivement, il est pris
d’imperceptibles tremblements dans les bras et mains ; puis, le
4 octobre 1985, il perd conscience et fait une crise d’épilepsie. Après
un arrêt maladie, il s’envole pour le désert australien où il est privé
de sa boisson favorite : les symptômes disparaissent. De retour aux
États-Unis, il reprend ses bonnes vieilles habitudes. Et les
tremblements reprennent, jusqu’à une nouvelle crise d’épilepsie. Un
médecin lui recommande d’éviter tous les produits contenant de
l’aspartame : « Je l’ai fait, a-t-il expliqué la voix émue, et tous mes
symptômes ont définitivement disparu. Mais depuis, je n’ai plus le droit
de voler, car l’armée considère que je suis invalide
… »

D’aucuns diront que ce témoignage est « anecdotique ». Mais tel ne
fut pas l’avis de Richard Wurtman, une sommité américaine dans le
domaine de la neurologie, qui dirigeait alors le centre de recherche
clinique du célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT). Lors de
son audition au Sénat, il a présenté une étude qu’il avait conduite sur
deux cents consommateurs d’aspartame souffrant de crises d’épilepsie,
assorties de migraines et de vertiges fréquents, alors qu’ils n’avaient
aucun antécédent ni aucune cause physiologique détectable
. Avec l’assurance tranquille du spécialiste à qui on ne peut en
compter, le docteur Wurtman a expliqué que l’origine de ces troubles
pouvait être la phénylalanine, un acide aminé sur lequel il « travaille
depuis quinze ans et sur lequel son laboratoire a publié plus de quatre
cents études ». Coupant court aux (pauvres) arguments des représentants
de NutraSweet, qui ont répété à l’envi que « les acides aminés de
l’aspartame sont identiques à ceux que l’on trouve dans les protéines
des aliments », le neurologue a au contraire affirmé que la
« consommation d’aspartame n’avait rien à voir avec celle d’une protéine
normale, parce que la phénylalanine n’est pas associée à d’autres
acides aminés. C’est pourquoi elle a un effet bien supérieur sur le
plasma sanguin, ce qui peut affecter la production des
neurotransmetteurs et les fonctions du cerveau ».
« Combien d’études ont été réalisées pour mesurer les effets de l’aspartame sur le cerveau ?, a demandé le sénateur Metzenbaum.
– À ma connaissance, aucune », a répondu sans hésiter le docteur Wurtman, qui a alors raconté des choses fort intéressantes…
Les manœuvres de l’ILSI
En 1980, le neurologue avait témoigné devant le Public Board of
Inquiry en faveur de l’aspartame : il estimait qu’incluse dans des
produits secs, la substance ne présentait que des risques infimes, car
sa consommation resterait limitée. Il travaillait alors comme consultant
pour l’International Life Sciences Institute (ILSI), l’organisme de
« recherche » fondé en 1978 à Washington par des fabricants de
l’agroalimentaire (voir
supra, chapitre 12), dont le directeur
était Jack Filer, un scientifique de l’université de l’Iowa qui avait
« testé » l’aspartame pour le compte de Searle.
En 1983, Richard Wurtman apprend que la firme a demandé une extension
de l’homologation du NutraSweet pour la fabrication de sodas. Il s’en
inquiète auprès de l’ILSI, car, connaissant l’engouement de ses
compatriotes, notamment des enfants, pour les boissons gazeuses, il
craint qu’un apport massif de phénylalanine dans la chaîne alimentaire
n’entraîne de graves conséquences sanitaires. Il propose donc de
conduire une étude pour mesurer la capacité de l’aspartame à « modifier
la chimie du cerveau » et à « favoriser le déclenchement de crises
d’épilepsie
». Informé de son projet, Gerald Gaull, le vice-président de Searle,
lui rend visite dans son laboratoire du MIT et le menace de faire jouer
son droit de veto auprès de l’ILSI pour que les fonds que lui verse
l’organisme soient coupés. « J’ai compris que l’industrie n’avait aucune
volonté de tester véritablement les effets potentiels de son produit, a
expliqué Richard Wurtman lors de l’audience, et j’ai décidé de me
passer de son aide financière. »
Au moment de démissionner de son poste de « consultant », il écrit
une lettre à Robert Shapiro : « Cher Bob, je pense que tu seras d’accord
avec moi si je dis que ce que j’apporte à Searle, c’est ma capacité de
lui dire des choses qu’elle préférerait ne pas entendre pour l’aider à
trouver des solutions. L’une de ces choses, c’est que certains
consommateurs peuvent développer des symptômes médicaux significatifs
s’ils ingèrent de grandes quantités d’aspartame, notamment lorsqu’ils
suivent un régime pour perdre du poids. Si les études financées par
Searle sont censées contribuer à la compréhension des symptômes de ces
gens-là, alors les études doivent les inclure et ne pas se limiter à
ceux qui ne consomment qu’un ou deux sodas par jour
. » Lors de l’audience, le docteur Wurtman a stigmatisé les « études
financées par l’industrie qui ne durent qu’un ou deux jours avec une ou
deux doses d’aspartame. Comme nous savons que les symptômes apparaissent
généralement après plusieurs semaines de consommation de la substance,
les études d’un ou deux jours ne servent à rien ». « Le problème, a-t-il
poursuivi, c’est qu’il n’y a pas d’argent public pour conduire de
vraies études. Je connais plusieurs collègues qui ont déposé des projets
et à qui on a répondu qu’il fallait demander le soutien de l’industrie.
Moi-même, je poursuis mes travaux en puisant sur les fonds propres de
mon laboratoire. »
Ce système pervers, qui permet aux fabricants de verrouiller la
recherche sur leurs produits, a été confirmé par deux autres
scientifiques auditionnés par les sénateurs. « Les effets de la
phénylalanine sur les fonctions cérébrales des humains n’ont jamais été
étudiés, a ainsi déclaré Louis Elsas, un généticien de l’université
Emory d’Atlanta. Des millions de dollars ont été dépensés pour des
études inutiles qui n’ont jamais traité ces questions. » Spécialisé en
pédiatrie, le chercheur s’inquiétait particulièrement des effets de
l’acide aminé sur les fœtus. « Nous savons que le niveau de
phénylalanine présent dans le sang de la mère est quatre à six fois
supérieur après avoir passé le placenta et la barrière sang-cerveau
du fœtus, a-t-il expliqué. Cette capacité de concentration peut
entraîner un retard mental, des microcéphalies et des malformations
congénitales. Selon le même mécanisme, il pourrait se produire des
dommages cérébraux irréversibles chez les bébés de zéro à douze mois. »
« Avez-vous eu des contacts avec l’ILSI ?, a demandé Howard Metzenbaum.
– Oui, et ce ne fut pas une bonne expérience, a répondu le docteur
Elsas. Comme j’avais exprimé en privé et publiquement mes inquiétudes,
l’ILSI m’a demandé d’écrire un projet de recherche. Ce que j’ai fait,
mais je n’ai jamais eu de réponse. En revanche, j’ai vu que le protocole
de l’étude que j’avais élaboré a été repris par des laboratoires payés
par l’industrie. »
Endocrinologue et professeur de médecine à l’université de
Californie, William Pardridge a vécu une expérience similaire avec
l’ILSI, qui « systématiquement a réservé ses fonds à des alliés au sein
de la communauté scientifique en refusant son soutien à ceux qui
soulevaient des questions sanitaires
((
Ibid. )) ».
Travaillant spécifiquement sur le transport de la phénylalanine à
travers la barrière sang-cerveau, il a déposé deux projets de recherche
sur les effets de l’aspartame sur le cerveau des enfants, mais ils ont
été refusés.
Face à ces accusations circonstanciées, les représentants ou
collaborateurs de l’ILSI ont fait bien pâle figure. Parmi eux, John
Fernstrom, psychiatre à l’université de Pittsburgh, a essayé de botter
en touche. « Je ne peux pas imaginer qu’un enfant boive cinq canettes de
coca light par jour, la quantité nécessaire pour qu’il atteigne la DJA
de l’aspartame, a-t-il ironisé. C’est impossible ! » Puis, il s’est
lancé dans une discussion surréaliste sur la « vitesse de dégradation de
l’aspartame », qui serait « cinq fois plus rapide chez les rats que
chez les hommes ». Manifestement exaspéré, le sénateur Metzenbaum a
coupé court à sa langue de bois, en exhibant de derrière son pupitre, un
à un, avec un sourire coquin, plusieurs dizaines de produits courants
qui contiennent de l’aspartame : boissons gazeuses, chewing-gums,
céréales, yaourts, médicaments, vitamines, etc. L’accumulation très
théâtrale des produits a déclenché des salves d’applaudissement dans
l’assistance.
Octobre 2009, la FDA persiste et signe : « La substance est sûre »
« Je n’ai aucun scrupule à dire que si nous basons la quantité
d’aspartame autorisée dans nos aliments sur les études de Searle, alors
c’est un vrai désastre. » Après les embrouillaminis des scientifiques de
l’ILSI, le témoignage de Jacqueline Verrett est apparu d’une étonnante
limpidité, provoquant un silence religieux dans la salle de l’audience.
Très stricte avec ses lunettes carrées et son tailleur de vieille fille
rangée, le docteur Verrett a travaillé à la FDA comme biochimiste et
toxicologue de 1957 à 1979. En 1977, elle fit partie de l’équipe de
Jerome Bressler et eut donc accès aux données brutes des trois fameuses
études (celle sur le DKP et les deux sur la tératogénicité) qui ont
fondé la DJA de l’aspartame aux États-Unis comme en Europe (voir
supra,
chapitre
14). Avec un ton pince-sans-rire, elle a ironisé sur les « animaux
remis dans l’étude après extraction de leurs tumeurs », « les rats
morts, puis ressuscités » et a tranché : « Il est impensable qu’un
toxicologue digne de ce nom, après avoir effectué une évaluation
complète et objective de ces données, ne conclut pas qu’il est
impossible d’interpréter ces études et qu’il faut les refaire. » Or,
a-t-elle asséné, « j’ai vérifié la littérature scientifique récente et
je n’ai trouvé aucune étude qui ait tenté de reproduire ces recherches
pour résoudre les questions soulevées ; […] de sorte que nous ne pouvons
absolument pas être sûrs d’avoir la bonne DJA ».
Décédée en 1997, Jacqueline Verrett a publié en 1974 un livre iconoclaste intitulé
Eating May be Hazardous to your Health
(Manger peut être dangereux pour votre santé), où elle racontait son
travail à la FDA. Bravant la réputation de la célèbre agence, elle
n’hésitait pas à écrire : « Malheureusement, notre alimentation n’est
pas la plus sûre du monde. […] Si certains additifs alimentaires étaient
réglementés comme des médicaments, ils seraient interdits, sauf à être
vendus sur prescription médicale, et devraient alors être accompagnés
d’une mise en garde pour les femmes enceintes
. » Elle donnait l’exemple du colorant rouge citrus n° 2, qui provoque
des « mort-nés, des morts fœtales et des malformations congénitales chez
les animaux
». La toxicologue racontait aussi le rôle qu’elle a joué dans
l’interdiction aux États-Unis du cyclamate (E 952, toujours autorisé en
Europe). Le 1
er octobre 1969, elle avait provoqué un
cataclysme en révélant sur la chaîne NBC les résultats d’une étude
qu’elle avait menée sur 13 000 embryons de poussins. Elle leur avait
injecté du cyclamate et ils étaient nés avec de « graves malformations
congénitales » : « Colonnes vertébrales et pattes déformées, phocomélie
. »
Faisant le tour des centaines d’additifs alimentaires autorisés par
la FDA, dont la « majorité n’a jamais été testée », elle déplorait :
« Nous sommes tous embarqués dans une expérimentation gigantesque dont
nous ne saurons jamais les résultats, du moins pendant notre vie. Quels
sont les dangers des produits chimiques que nous mangeons ? Est-ce
qu’ils provoquent le cancer ? Des malformations congénitales ? Des
mutations ? Des dommages au cerveau, au cœur et de nombreuses autres
maladies ? Nous n’en savons rien. […] Il est possible que nous soyons en
train de semer les graines d’une épidémie de cancers qui se développera
dans les années 1980 et 1990
. »
Après avoir lu ce livre très démoralisant, j’ai pris contact avec la
Food and Drug Administration à Washington. Le moment semblait propice,
car le président Obama venait de confier, en mars 2009, la direction de
l’agence à Margaret Hamburg, un médecin réputé pour son engagement dans
la santé communautaire, domaine peu investi par l’industrie… Connaissant
la procédure pour l’avoir utilisée lors de mon enquête sur Monsanto, je
me suis adressée au service de presse et je suis tombée sur Mike
Herndon, le fonctionnaire qui, après moult tergiversations, avait fini
par me donner l’adresse électronique d’un personnage clé : James
Maryanski, l’ancien directeur du département des biotechnologies de la
FDA. Tout indique que Mike Herndon avait eu vent de mon film
Le Monde selon Monsanto,
où Maryanski faisait quelques révélations fracassantes sur les liens
entre l’agence et la firme de Saint Louis, car il m’a gentiment envoyé
promener ! Il m’a fallu écrire à Joshua Sharfstein, le bras droit de
Margaret Hamburg, qui – preuve d’un changement Outre-Atlantique – m’a
rapidement débloqué la situation. Voilà comment le pauvre Mike Herndon
s’est retrouvé contraint de m’organiser un rendez-vous avec un certain
David Hattan, le toxicologue en charge des additifs alimentaires à
l’agence ! Quand, le 19 octobre 2009, je suis entrée dans le bureau du
senior toxicologist, j’ai cru halluciner : c’était l’homme qui siégeait à gauche du
commissioner
Frank Young lors de la fameuse audition sénatoriale du 3 novembre 1987.
Inutile de préciser que Young avait alors défendu mordicus
l’homologation de l’aspartame, sous le regard approbateur de Hattan.
Je vous ai vu sur les archives de C-Span, lui ai-je dit, un rien amusée.
– Oui…
– Il y avait aussi votre collègue, Jacqueline Verrett, qui a écrit ce livre Eating May be Hazardous for your Health. Vous l’avez lu ?, ai-je demandé, en tendant l’ouvrage à mon interlocuteur, passablement crispé.
– Non… a-t-il murmuré.
– Je vous prie de l’ouvrir à la page 96. J’aimerais avoir votre
commentaire, car vous travaillez ici depuis très longtemps. Le docteur
Verrett écrit : “Ce n’est pas que les décideurs gouvernementaux soient
corrompus…” C’est une bonne nouvelle, n’est-ce pas ?, m’interrompis-je,
en scrutant la réaction de David Hattan, qui opina du chef, avec un
sourire figé. Puis, je repris ma lecture : “…mais leur sens du devoir
est constamment érodé par leurs contacts avec l’industrie et leur souci
pour les effets à court terme sur l’industrie plutôt que pour les effets
à long terme sur les consommateurs.” Partagez-vous ce constat ?
– Non, je ne suis pas du tout d’accord, me répondit le toxicologue.
Je pense qu’aucun d’entre nous à la FDA estimerait faire son travail
correctement s’il ne plaçait pas la sécurité du consommateur au-dessus
de toute considération pour le bien-être de l’industrie. Cela
reviendrait à subvertir le paradigme de l’évaluation de la sécurité.
Vraiment, je ne suis pas du tout d’accord avec le docteur Verrett…
– Vous avez suivi de très près le processus d’homologation de
l’aspartame, puisque vous êtes arrivé à la FDA au moment de la mise en
place du Public Board of Inquiry, n’est-ce pas ?
– Oui…
– Le PBI, comme les autres groupes d’investigation de la FDA, s’est
prononcé contre l’autorisation de l’édulcorant. Comment expliquez-vous
que, quelques mois plus tard, la substance ait tout de même été
autorisée, alors que l’opinion générale dans l’agence était que les
études de Searle n’étaient absolument pas fiables ?
– Oh ! J’aimerais que vous consultiez nos archives pour que vous
voyiez tout ce que la FDA a fait pour résoudre cette controverse. Cela a
coûté des millions de dollars au fabricant, Searle… Nous ne défendons
pas tout ce qui a été fait, ces études présentaient certes quelques
erreurs et raccourcis… Vous savez, c’était avant l’instauration des
“bonnes pratiques de laboratoire” et les exigences n’étaient pas aussi
rigoureuses qu’aujourd’hui…. Mais nous pensons qu’aucun des problèmes
rencontrés n’était suffisamment sérieux pour invalider les résultats des
études et le fait que la substance est sûre .
[...]
L’influence du financement de la recherche par l’industrie : le « funding effect »
« L’article que nous venons de publier montre une augmentation de
l’incidence des tumeurs du cerveau ainsi qu’une gravité accrue des
tumeurs cérébrales dans la population américaine qui ont commencé trois
ans après la mise sur le marché de l’aspartame
. » C’était le 18 novembre 1996, lors d’une conférence de presse,
organisée à Washington. Y participaient Ralph Walton, l’avocat James
Turner, le sénateur Howard Metzenbaum et John Olney. Ce dernier avait
épluché les données de l’Institut national du cancer concernant les
tumeurs cérébrales recensées de 1970 à 1992 dans treize zones
géographiques des États-Unis, qui couvraient 10 % de la population
américaine. « Nos résultats montrent une première hausse ponctuelle de
l’incidence au milieu des années 1970, qui peut s’expliquer par
l’amélioration des techniques de diagnostic, avait commenté le
neurologue, puis, une deuxième hausse très nette de 10 % en 1984, qui
s’est maintenue jusqu’en 1992. » Et de conclure : « Cette étude ne
permet pas d’établir si l’aspartame cause ou non des tumeurs du cerveau,
mais il est urgent de répondre à cette question avec de nouvelles
études expérimentales bien conçues. »
La publication de John Olney avait provoqué beaucoup de remous
médiatiques, au point que le célèbre magazine télévisé « 60 minutes »
décida de consacrer une édition spéciale à l’aspartame. Désemparés face à
la masse d’études concernant l’édulcorant, les producteurs de CBS
avaient demandé à Ralph Walton de conduire une revue systématique de
celles qui avaient été publiées dans des revues scientifiques à comité
de lecture. Une première recherche sur différentes banques de données,
dont MedLine, donna 527 références, dont le psychiatre ne garda que
celles qui étaient « clairement liées à la sécurité du produit pour les
humains ».
D’abord, me dit Ralph Walton, il faut noter que les trois
études fondamentales de Searle, qui ont servi à calculer la DJA de
l’aspartame, n’ont jamais été publiées ! Par ailleurs, sur les 166
études que mon équipe a finalement sélectionnées, 74 avaient été
financées par l’industrie (Searle, Ajinomoto ou l’ILSI) et 92 par des
organismes de recherche indépendants (des universités ou la FDA). 100 %
des études financées par l’industrie concluaient que l’aspartame était
sans danger. Sur les 74, plusieurs avaient été publiées plusieurs fois
dans différents journaux, sous différents noms, mais c’était la même
étude. Sur les 92 études indépendantes, 85 concluaient que l’édulcorant
posait un ou plusieurs problèmes sanitaires. Les sept dernières avaient
été conduites par la FDA et arrivaient aux mêmes conclusions que celles
financées par l’industrie.
– Comment expliquez-vous cet incroyable résultat ?, demandai-je.
– Ah ! Vous savez l’argent est très puissant…
Le phénomène que Ralph Walton a constaté d’une manière flagrante a été qualifié de «
funding effect
» (que l’on pourrait traduire par « effet financement »). David
Michaels décrit ainsi ce mécanisme fort inquiétant : « Quand un
scientifique est recruté par une firme qui a un intérêt financier dans
les résultats de l’étude qu’elle soutient, la probabilité que les
résultats de l’étude soient favorables à la firme augmente
considérablement. » Et le nouveau patron de l’OSHA de préciser : « Le
fait qu’il y ait un enjeu financier lié aux résultats change la manière
dont même les scientifiques les plus respectés approchent leur recherche
et interprètent les résultats des expériences
. »

La vie est belle
Le
funding effect a été découvert par Paula Rochon, une
gériatre de Boston, alors qu’elle comparait les tests cliniques de
médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens, comme l’aspirine, le
naproxène ou l’ibuprofène (Advil), utilisés pour traiter l’arthrite.
Elle montra que les tests payés par l’industrie présentaient
toujours des conclusions favorables, même si un examen attentif des données ne le confirmait pas
.
Quatre ans plus tard, l’équipe du Canadien Henry Thomas Stelfox
(université de Toronto) faisait le même constat pour les antagonistes du
calcium, des médicaments prescrits pour soigner l’hypertension et
suspectés de provoquer des infarctus. Les chercheurs ont examiné les
articles publiés entre mars 1995 et septembre 1996 et classé leurs
auteurs en trois catégories caractérisant leur position par rapport aux
molécules : « favorable », « neutre » et « critique ». Résultat : 96 %
des scientifiques « favorables » avaient un lien financier avec les
fabricants d’antagonistes du calcium, contre 60 % des auteurs
« neutres » et 37 % des critiques
. Depuis, le phénomène a aussi été détecté pour les anticontraceptifs
oraux, les médicaments pour le traitement de la schizophrénie, de la
maladie d’Alzheimer ou du cancer
.
J’ai épluché attentivement la liste des soixante-quatorze études
financées par les fabricants d’aspartame que Ralph Walton a établie, et
l’une d’entre elles a attiré mon attention, car elle illustre bien le
phénomène des « boîtes noires » que décrit Bruno Latour dans son livre
La Science en action.
En effet, pour qu’un énoncé scientifique devienne un fait établi, dont
plus personne n’est en mesure de reconstituer la genèse, il faut que
celui-ci soit largement cité dans de multiples articles scientifiques.
« Un énoncé a valeur de fait ou de fiction non par lui-même, mais
seulement parce que les autres énoncés font de lui plus tard, explique
le philosophe. Pour survivre, ou pour acquérir le statut de fait, un
énoncé a besoin de la génération suivante d’articles
. » Voilà pourquoi Searle et consorts ont
fait publier plusieurs dizaines d’« études », qui n’ont jamais traité les questions essentielles, mais dont le but était
d’occuper le terrain de la littérature scientifique : une étude
publiée est une étude qui peut être
citée
et donc contribuer à transformer une « fiction » en « fait » et c’est
encore plus efficace si on parvient parallèlement à bloquer la
production d’études indépendantes sur les questions essentielles
justement, une tâche dont l’ILSI s’est parfaitement acquitté.
Nous avons vu dans quelles conditions douteuses la DJA de l’aspartame
avait été fixée en 1981. Dix ans plus tard, Searle demande à deux de
ses scientifiques, Harriett Butchko et Krank Kotsonis, de publier un
article sur le concept de la DJA, « en prenant comme exemple
l’aspartame, un additif alimentaire largement utilisé », ainsi que le
dit le préambule
. C’est astucieux, car cela permet de poser d’emblée comme une « boîte
noire » la DJA de l’aspartame, alors que quatre ans après l’audience
sénatoriale, celle-ci est loin de faire l’unanimité : « L’OMS et les
autorités réglementaires d’Europe et du Canada ont fixé une DJA de
40 mg/kg et la FDA de 50 mg/kg », écrivent ainsi les auteurs, qui
truffent ensuite leur papier de multiples références (cinquante),
principalement aux études financées par Searle (mais la source du
financement n’est pas précisée), dont celles conduites par Jack Filer
(neuf références), qui, on l’a vu, deviendra le directeur de l’ILSI !
Qui va vérifier que ces études, dont les auteurs prétendent qu’elles ont
servi à fixer la DJA, sont toutes postérieures à 1979 ? Ou qu’une étude
de l’incontournable Filer, censée confirmer l’innocuité de l’aspartame a
duré… six heures, pendant lesquelles huit « adultes normaux » (quatre
hommes et quatre femmes) ont ingéré 10 mg d’aspartame toutes les deux
heures
?
« Le problème, a commenté Ralph Walton, c’est que toutes ces études
de faible qualité, voire biaisées, sont publiées dans des revues
scientifiques à comité de lecture. On attend toujours la “réforme
radicale” que Richard Smith a appelée de ses vœux. » Directeur du
prestigieux
British Journal of Medicine, l’homme avait fait sensation en avouant publiquement les limites et faiblesses du système du
peer review (voir
supra, chapitre 9), pourtant considéré comme le
must
en matière de publication scientifique. « Nous savons qu’il est
coûteux, lent, enclin aux biais, ouvert aux abus, voire défavorable à la
véritable innovation et incapable de détecter la fraude, écrivait-il.
Nous savons aussi que les articles publiés qui émergent du processus
sont souvent grossièrement déficients
. »
Dans cet éditorial, qui fit grincer bien des dents (industrielles),
Richard Smith racontait l’expérience menée par Fioda Godlee et deux
collègues du journal : ils avaient pris une étude qui allait être
publiée, dans laquelle ils avaient inséré volontairement huit erreurs.
Puis ils avaient envoyé le texte à 420 relecteurs potentiels, dont 221
(53 %) ont répondu : le nombre moyen d’erreurs relevées était de deux,
pas un seul relecteur n’a relevé plus de cinq erreurs et 16 % n’y ont vu
que du feu…
L’Institut Ramazzini, « maison de ceux qui ont consacré leur vie à la recherche de la vérité »
« Cela fait vingt ans que je bataille pour que le National Toxicology
Program (NTP) conduise une étude sur l’aspartame, m’a expliqué en 2009
James Huff, le directeur adjoint du département de la cancérogenèse
chimique au National Institute of Environmental Health Sciences (NIEHS),
qui dirigea le programme des monographies du CIRC [voir
supra, chapitre 10]. Malheureusement, la FDA s’y est toujours opposée, en faisant jouer son droit de veto
.
– Comment l’expliquez-vous ?
– Je pense que l’agence craignait que nous prouvions que l’édulcorant est cancérigène
», m’a répondu le scientifique en me renvoyant à un article de
novembre 1996, qui faisait suite à la publication de l’étude de John
Olney sur l’augmentation des tumeurs cérébrales. Y témoignait James
Huff, ainsi que David Rall, l’ancien directeur du NIEHS, qui supervisa
le NTP pendant dix-neuf ans (jusqu’à son départ à la retraite en 1990) :
« C’est une manière efficace d’assurer que l’aspartame ne sera pas
testé, déclarait ce dernier. On empêche les chercheurs de le tester,
puis on dit qu’il est sûr
. »
« J’ai lu, pourtant, que le NTP avait publié les résultats d’une étude sur l’aspartame en 2005
, ai-je poursuivi.
– C’est vrai, a reconnu James Huff, mais j’étais opposé à cette étude
ainsi que plusieurs collègues du NIEHS. Elle a été menée sur des souris
transgéniques à qui on a inséré un gène qui les rend plus susceptibles
au cancer. C’est un nouveau modèle expérimental qui ne présente aucun
intérêt pour les produits chimiques non génotoxiques. Or, l’aspartame
n’est pas génotoxique, c’est-à-dire qu’il ne produit pas de mutations
. Le résultat de cette étude, qui a coûté beaucoup d’argent pour rien,
fut bien sûr négatif et elle a fait le bonheur de l’industrie
… J’étais écœuré, c’est pourquoi j’ai participé activement à la
conception des études conduites par l’Institut Ramazzini qui, elles, ont
confirmé les pouvoirs cancérigènes de l’aspartame. Ce sont pour moi les
meilleures études jamais réalisées sur cette substance. »
Créé en 1987, en hommage au « père de la médecine du travail » (voir
supra,
chapitre 7), l’Institut Ramazzini est l’œuvre du cancérologue italien
Cesare Maltoni, dont les travaux sur le chlorure de vinyle avaient semé
la panique chez les fabricants de plastique européens et américains
(voir
supra, chapitre 11). Installé dans le magnifique château
renaissance de Bentivoglio, à une trentaine de kilomètres de Bologne, le
centre de cancérologie environnementale définit ses programmes de
recherche en collaboration avec le Collège Ramazzini, qui compte cent
quatre-vingts scientifiques issus de trente-deux pays.
Parmi eux,
quelques-uns des scientifiques que nous avons croisés dans ce livre,
comme James Huff, Devra Davis, Peter Infante, Vincent Cogliano, Aaron
Blair ou Lennart Hardell, Une fois par an, cette assemblée
exceptionnelle se réunit à Carpi, le « lieu de naissance du maître »
Bernardo Ramazzini. Dans un article publié en 2000, qui constitue une
véritable profession de foi, mais aussi son testament, Cesare Maltoni
(décédé en 2001) a décrit ce qui fait l’originalité de ce collège
académique à nul autre pareil. « Notre époque est caractérisée par
l’énorme expansion et la suprématie de l’industrie et du commerce, au
détriment de la culture (dont fait partie la science) et de l’humanisme,
écrit-il. L’objectif premier et bien souvent unique de l’industrie et
du commerce est le profit. La stratégie de l’industrie et du commerce
pour atteindre leurs objectifs – dussent-ils entrer en conflit avec la
culture et l’humanisme – a été marquée par la création d’une culture
alternative pseudoscientifique, dont le but principal est de polluer
délibérément la vérité, en opposant la culture et la science et en
étouffant la voix des humanistes
. » C’est pourquoi, poursuit Cesare Maltoni, la
raison d’être
du Collège Ramazzini, c’est d’« être la maison de ceux qui ont consacré
leur vie à la recherche de la vérité et d’être solidaire avec ceux qui
sont attaqués et humiliés parce qu’ils poursuivent la vérité ».
Depuis sa création, l’Institut a testé quelque deux cents polluants
chimiques, comme le benzène, le chlorure de vinyle, le formaldéhyde et
de nombreux pesticides. Ses études ont souvent contribué à une baisse
des normes d’exposition en vigueur, car leurs résultats sont
inattaquables. D’abord, contrairement à la grande majorité des études
industrielles, celles de l’Institut sont conduites sur des
méga-cohortes, comprenant plusieurs milliers de cobayes, ce qui bien sûr
renforce leur pouvoir statistique
. Lors de ma visite, le 2 février 2010, j’avais été impressionnée par
l’étendue du laboratoire, qui couvre 10 000 mètres carrés. D’énormes
installations circulaires abritaient alors 9 000 rats soumis à
différents niveaux d’ondes électromagnétiques pour une expérience que le
docteur Morando Soffritti, qui a succédé à Cesare Maltoni, m’avait
présentée comme « top secret », avec un large sourire entendu. « La
deuxième caractéristique de notre Institut, m’avait-il expliqué, c’est
que, contrairement aux recommandations du guide des “bonnes pratiques de
laboratoire”, nos études expérimentales ne durent pas deux ans, mais
nous laissons vivre nos animaux jusqu’à leur mort naturelle. En effet,
80 % des tumeurs malignes détectées chez les humains le sont après l’âge
de 60-65 ans. Il est donc aberrant de sacrifier les animaux
expérimentaux à la cent quatrième semaine, ce qui, rapporté à l’espèce
humaine, correspond à l’âge de la retraite où la fréquence d’apparition
des cancers ou des maladies neurodégénératives est la plus élevée
. »
« C’est la principale force des études de l’Institut Ramazzini, m’a
confirmé James Huff. Quand on interrompt arbitrairement une étude au
bout de deux ans, on risque de passer à côté des effets cancérigènes
d’une substance. Et plusieurs exemples le prouvent. Le cadmium est un
métal largement utilisé, notamment pour la fabrication de PVC ou
d’engrais chimiques, qui a été classé dans le groupe 1 (« cancérigène
pour les humains ») par le CIRC. Pourtant, les études expérimentales de
deux ans ne montraient aucun effet. Jusqu’au jour où un chercheur a
décidé de laisser mourir les rats naturellement : il a constaté que 75 %
développaient un cancer du poumon dans le dernier quart de leur vie. De
même, le NTP a étudié le toluène et n’a trouvé aucun effet au bout de
vingt-quatre mois. En revanche, l’Institut Ramazzini a vu plusieurs
cancers apparaître à partir du vingt-huitième mois. Le protocole des
études de l’Institut Ramazzini devrait être repris par tous les
chercheurs, car l’enjeu est important : on se glorifie toujours de
l’allongement de l’espérance de vie, mais à quoi bon vivre dix ou quinze
ans plus vieux, si c’est pour vivre sa retraite, accablé par toutes
sortes de maladies qui seraient évitables si on contrôlait mieux
l’exposition aux produits chimiques ? C’est pourquoi les deux études de
l’Institut Ramazzini sur l’aspartame sont très inquiétantes… »
« L’aspartame est un agent cancérigène multisite puissant »
Plus inquiétant encore est le rejet de ces deux études par l’EFSA et
la FDA et, dans la foulée, par toutes les agences réglementaires
nationales (dont, bien sûr, l’ANSES française). Et je dois dire que j’ai
beau tourner leurs arguments dans tous les sens, ils ne parviennent pas
à me convaincre…

Publiée en 2006, la première étude portait sur 1 800 rats, qui ont
ingéré des doses journalières d’aspartame comprises entre 20 mg/kg et
100 mg/kg, depuis l’âge de huit semaines jusqu’à leur mort naturelle.
Résultat : une augmentation significative, corrélée à la dose, des
lymphomes, leucémies et tumeurs rénales chez les femelles, et des
schwannomes (tumeurs des nerfs crâniens) chez les mâles. « Si nous
avions tronqué l’expérience en l’arrêtant à deux ans, nous n’aurions
sans doute pas pu montrer le potentiel cancérigène de l’aspartame,
écrivent les auteurs dans leur publication. Les résultats de cette
méga-étude indiquent que l’aspartame est un agent cancérigène multisite
puissant, y compris à la dose journalière de 20 mg/kg, qui est bien
inférieure à la DJA
. »
Curieusement, alors qu’elle se contente en général fort bien des
résumés de données que lui envoient les fabricants, la FDA a, dans ce
cas précis, beaucoup insisté pour obtenir l’ensemble des données brutes
de l’étude. C’est en tout cas l’argument officiel qu’elle n’a cessé de
brandir, à l’instar de David Hattan qui me l’a resservi sans
sourciller : « Nous n’avons pu examiner qu’une petite partie des données
brutes, m’a-t-il expliqué avec une moue navrée, et il nous a semblé que
les changements observés étaient sporadiques et somme toute habituels
dans ce genre d’expérimentation. Malheureusement, nous n’avons pas pu
obtenir toutes les données, car l’Institut Ramazzini nous a dit que le
règlement interne lui interdisait de les partager avec des tierces
parties. »
« Pourquoi avez-vous refusé de communiquer les données brutes de
l’étude ?, ai-je demandé à Morando Soffritti, le directeur scientifique
de l’Institut Ramazzini.
– Je suis surpris que la FDA ait pu vous dire cela, m’a-t-il répondu,
avec son indéfectible sourire en coin. Nous sommes entrés en contact
avec la FDA dès 2005 et nous lui avons envoyé toutes les données en
notre possession. »
Dans l’avis qu’elle a publié, le 20 avril 2007, l’agence américaine
affirme, en tout cas, que « les données de l’étude ne permettent pas de
conclure que l’aspartame est cancérigène
».
Un an plus tôt, l’EFSA avait rendu un avis similaire, après une longue
introduction où elle ne manquait pas de s’appuyer sur la « boîte noire »
si laborieusement construite : « L’aspartame a notamment été l’objet de
quatre études de cancérogénicité conduites sur des animaux pendant les
années 1970 et au tout début des années 1980. Ces études, avec d’autres
sur la génotoxicité, ont été évaluées par les agences réglementaires du
monde et toutes ont conclu que l’aspartame n’avait pas de potentiel
génotoxique ou cancérigène
. »
Puis, l’Autorité européenne en vient à l’étude de l’Institut
Ramazzini, qui comprend des « déficiences remettant en question la
validité des résultats. […] L’explication la plus plausible des
résultats de l’étude concernant les lymphomes et leucémies, c’est que
ceux-ci sont dus à une maladie respiratoire chronique dont souffrait la
colonie. […] En résumé, il n’y a pas de raisons de revoir la DJA de
40 mg/kg établie précédemment. »
« Pourquoi avez-vous rejeté cette étude ?, ai-je insisté auprès
d’Hugues Kenigswald, le chef de l’Unité des additifs alimentaires de
l’EFSA (que nous avons déjà rencontré au cours du chapitre 14).
– Alors, d’abord que ce soit bien clair : cette étude n’a absolument pas été rejetée, au contraire, elle a été étudiée (
sic)
avec le plus grand soin. Par contre, ce qui est très clair, c’est qu’il
y a un certain nombre, pour ne pas dire un nombre certain,
d’insuffisances méthodologiques qui ont été relevées dans cette étude…
– Par exemple ?
– En particulier, le fait que certains rats présentaient des pathologies respiratoires…
– Quel est le rapport entre le fait d’avoir une maladie respiratoire et un lymphome ou une leucémie ?
– La maladie respiratoire fait que ça provoque… est à l’origine de
tumeurs et peut donc complètement brouiller les pistes ; c’est
exactement ce qui s’est passé dans cette étude. »
L’argument de l’EFSA a (de nouveau) fait sourire Morando Soffritti
qui, bien calé dans son fauteuil, a répliqué : « Nous ne sommes pas
d’accord, pour une série de raisons. Premièrement, parce que les
processus inflammatoires que nous observons dans nos animaux dépendent
très souvent du fait que nous les laissons mourir naturellement sans
interrompre leur vie de façon arbitraire. Et comme il arrive pour
l’homme, dans la dernière phase de la vie, les complications pulmonaires
et rénales sont très courantes. De plus, il n’a jamais été démontré que
les infections pulmonaires ou rénales, qui apparaissent en fin de vie,
soient capables de produire des tumeurs en si peu de temps.
– Est-ce que les rats du groupe contrôle avaient le même problème inflammatoire ?
– Bien sûr, nous l’avons observé à la fois dans les groupes traités
et dans le groupe contrôle. La seule différence entre les deux groupes
était que les groupes expérimentaux avaient ingéré de l’aspartame et que
le groupe contrôle n’en avait pas ingéré. »
En 2007, l’équipe du docteur Soffritti a publié une seconde étude,
encore plus inquiétante que la première. Cette fois-ci, quatre cents
rates en gestation ont été exposées à des doses journalières d’aspartame
de 20 mg/kg et de 100 mg/kg et leurs descendants ont été suivis jusqu’à
leur mort. « Nous avons constaté que quand l’exposition commence
pendant la vie fœtale, le risque d’avoir les tumeurs observées lors de
la première étude augmente de manière très significative, a commenté
Morando Soffritti. S’y ajoute l’apparition de tumeurs mammaires chez les
descendantes femelles. Nous estimons que ces résultats devraient
conduire les agences réglementaires à agir au plus vite, car les femmes
enceintes et les enfants sont les plus grands consommateurs
d’aspartame. » Dans leur publication, Morando Soffritti et ses collègues
soulignent que, « à leur demande, nous avons fourni aux agences
réglementaires toutes les données brutes de l’étude
».
Pourtant, David Hattan m’a soutenu le contraire : « Nous n’avons pas
examiné la seconde étude de l’Institut Ramazzini, car malheureusement
nous n’avons pas pu trouver un accord pour obtenir les données brutes »,
a affirmé le toxicologue de la FDA.
« Ce n’est pas vrai, a rétorqué le docteur Morando Soffritti., depuis son laboratoire de Bentivoglio.
– Vous prétendez que David Hattan ment ?, ai-je insisté.
– On peut dire qu’il ment. »
Dans l’avis qu’elle a rendu le 19 mars 2009, l’EFSA souligne aussi
que « les données brutes de l’étude n’ont pas été fournies par les
auteurs », ce que dément avec vigueur le directeur de l’Institut
Ramazzini. Puis, l’Autorité européenne écarte de nouveau les leucémies
et lymphomes constatés, qu’elle s’entête à considérer comme
« caractéristiques d’une maladie respiratoire chronique »
(décidément !), avant de se lancer dans une explication qui a carrément
fait bondir les Américains James Huff et Peter Infante tant elle leur
semblait « scabreuse et peu scientifique » : « L’augmentation de
l’incidence des carcinomes mammaires n’est pas considérée comme étant
indicative d’un potentiel cancérogène de l’aspartame, car
l’incidence des tumeurs mammaires chez les rats femelles est relativement élevée et
varie considérablement d’une étude de carcinogénicité à l’autre, écrivent les experts de l’EFSA. Le groupe scientifique a constaté
qu’aucune augmentation de l’incidence des carcinomes mammaires n’a été signalée dans la précédente étude menée sur l’aspartame, dans laquelle des doses du produit beaucoup plus élevées ont été utilisées
. »
« C’est incroyable que des experts puissent écrire cela, s’est étonné
James Huff. On dirait qu’ils n’ont pas compris que l’originalité de
l’étude, c’est de commencer l’exposition
in utero. Ce qui est
inquiétant, c’est précisément que les descendantes ont développé des
tumeurs mammaires que les rates adultes n’avaient pas développées dans
la première étude. On observe exactement le même phénomène avec les
perturbateurs endocriniens : ce sont les filles exposées pendant la vie
fœtale qui ont des cancers mammaires, mais pas leurs mères ! »
De fait, l’argument de l’EFSA a de quoi surprendre, mais c’est
pourtant le seul qu’a évoqué Hugues Kenigswald pour justifier la
décision d’ignorer les résultats de l’étude italienne : « Les tumeurs
mammaires qui sont décrites dans la deuxième étude n’apparaissaient pas
dans la première étude, m’a-t-il expliqué, en jetant des regards vers
les deux fonctionnaires européens assis dans mon dos. Donc, les
résultats des deux études sont incohérents. »
« Comment expliquez-vous cet argument de l’EFSA ? », ai-je demandé à
Morando Soffritti, qui, manifestement, a cherché ses mots avant de me
répondre : « Les évaluations faites par les experts des différentes
agences sont souvent hâtives et pas toujours réfléchies, a-t-il lâché.
S’ils avaient pris le temps de mesurer ce que peut impliquer une
exposition commencée pendant la vie fœtale, peut-être n’auraient-ils pas
émis un jugement aussi trivial d’un point de vue scientifique… » En
attendant, la décision européenne a fait le bonheur de l’Association
internationale des édulcorants (ISA) qui, dans un communiqué
d’avril 2009, s’est « félicitée de l’avis scientifique publié par l’EFSA
qui reconfirme le précédent avis publié en mai 2006 sur la sécurité et
l’innocuité de l’édulcorant aspartame, rejetant les affirmations de
l’institut Ramazzini, en Italie, selon lesquelles l’aspartame serait
dangereux pour la santé. Ces conclusions de l’EFSA sont entièrement
compatibles avec le
consensus scientifique mondial, etc.
».
Conflits d’intérêts et boîte de Pandore
Je l’ai déjà dit et je le répète : les arguments avancés par l’EFSA
et la FDA ne sont absolument pas convaincants. Comment comprendre que
ces agences décident d’ignorer deux études conduites par un institut
considéré comme un poids lourd dans le domaine de la cancérologie
environnementale, alors qu’elles continuent de défendre bec et ongles la
DJA de l’aspartame, fondée sur des études qui, pour le moins,
présentent les pires « insuffisances méthodologiques », pour reprendre
les termes d’Hugues Kenigswald ? Intriguée, j’ai décidé de savoir qui
étaient les vingt et un experts qui constituent le « groupe ANS » de
l’EFSA, le « groupe scientifique sur les additifs alimentaires et les
sources de nutriments ajoutés aux aliments ».
Depuis 2002, les experts de l’Autorité européenne, qui à la
différence de ceux du JMPR ou du JECFA sont permanents, sont tenus de
déclarer leurs conflits d’intérêts et les déclarations sont consultables
sur le site de l’EFSA. J’ai ainsi découvert que John Christian Larsen,
le président du groupe, travaille pour… l’ILSI ! Même chose pour John
Gilbert et Ivonne Rietjens, qui a aussi des liens financiers avec la
FEMA (Flavor and Extract Manufacturers Association). Quant à Jürgen
König, il a des contrats avec Danone, grand utilisateur d’aspartame.
Mais la « palme », si j’ose dire, revient à Dominique Parent-Massin, qui
est membre du comité scientifique d’Ajinomoto, le géant japonais de
l’aspartame, et de Coca-Cola, un utilisateur historique de l’édulcorant
et membre fondateur de l’ILSI ! Directrice du Laboratoire de toxicologie
alimentaire de l’université de Brest, l’experte a même présidé le
groupe additifs alimentaires de l’Agence française de sécurité sanitaire
des aliments (Afssa, rebaptisée Anses en 2010) ! Avec France Bellisle,
une chercheuse de l’Institut national de recherche agronomique (INRA),
qui siège au comité scientifique du Conseil européen de l’information
sur l’alimentation (EUFIC), financé par les géants de l’agroalimentaire,
et Bernard Guy-Grand, professeur de nutrition à l’Hôtel-Dieu, qui fut
président du comité scientifique d’Ajinomoto, Dominique Parent-Massin
fait partie de la
dream team française du fabricant japonais,
même si elle se garde bien de le dire quand elle intervient sous
l’étiquette « autorités sanitaires » dans les congrès pour défendre
l’innocuité de l’aspartame
. Ainsi, lors des Entretiens de Bichat de 2006, elle a répété la bonne
vieille antienne : « L’aspartame est l’un des additifs les plus étudiés
au monde
. »
J’ai évidemment interrogé Catherine Geslain-Lanéelle, la directrice
exécutive de l’EFSA, sur les conflits d’intérêts patents qui
caractérisent certains membres du « groupe ANS », avec en tête Dominique
Parent-Massin. Pour être franche, j’avais quelque curiosité à
rencontrer cette ancienne haute fonctionnaire très zélée de la Direction
générale de l’alimentation, qui, on l’a vu dans le chapitre 6, avait
refusé de communiquer le dossier d’autorisation de mise sur le marché du
Gaucho au juge Louis Ripoll, alors qu’il perquisitionnait au siège de
la DGAL, dans le cadre d’une instruction sur la toxicité de
l’insecticide pour les abeilles. D’apparence très cordiale, la
directrice exécutive m’a d’abord expliqué que l’EFSA avait commencé en
2008 la « réévaluation des colorants » et décidé récemment d’interdire
un « colorant utilisé depuis trente ans en Europe dans les produits de
petit-déjeuner et des saucisses consommées en Grande-Bretagne et en
Irlande ». « Un examen des études a montré qu’il était génotoxique,
m’a-t-elle précisé, donc nous l’avons retiré du marché, comme nous
l’avions fait précédemment pour certains arômes de synthèse.
– C’est certes une bonne nouvelle, dis-je. Concernant l’aspartame, je
suis surprise de voir qu’une personne comme Dominique Parent-Massin,
dont les liens avec le principal fabricant d’aspartame sont avérés,
siège dans le groupe sur les additifs alimentaires…
– Cela veut dire que, quand nous faisons l’évaluation de l’aspartame,
cette experte ne peut pas être rapporteur, ne peut pas préparer l’avis
du groupe et ne peut pas participer aux délibérations sur ce sujet,
parce qu’elle a un conflit d’intérêts.
– Par exemple, dans le cas de l’avis qui a été rendu sur l’aspartame en mars 2009, Dominique Parent-Massin n’a pas participé ?
– Non… C’est important de comprendre qu’aujourd’hui la recherche
publique est souvent associée à la recherche privée et, donc, qu’il est
impossible de trouver des experts qui n’ont jamais eu de contact avec
l’industrie, je pense que cela n’existe plus, a reconnu Catherine
Geslain-Lanéelle. C’est pourquoi nous avons établi une règle qui veut
que les scientifiques ayant travaillé ou travaillant directement pour le
fabricant du produit évalué sont disqualifiés pour participer aux
travaux d’évaluation, et c’est ce qui s’est passé avec Dominique
Parent-Massin
. »
La transparence, en tout cas, a ses limites. La déclaration de
conflits d’intérêts de Dominique Parent-Massin que j’avais trouvée sur
le site de l’EFSA
avant ma visite à Parme a disparu quelques
jours plus tard ! Elle a été remplacée par une nouvelle, où l’experte ne
dit plus un mot sur ses liens avec Ajinomoto et Coca-Cola… L’anecdote a
fait (encore) sourire Morando Soffritti, qui en avait aussi une à me
raconter : « Un haut dirigeant de EFSA m’a dit un jour : “Docteur
Soffritti, si nous admettions que les résultats de vos études sont
valides, nous devrions interdire l’aspartame dès demain matin. Vous vous
rendez bien compte que cela n’est pas possible”… »
Tout indique, en effet, que par-delà les enjeux économiques,
l’aspartame est devenu une forteresse inexpugnable, ainsi que le
souligne Erik Millstone, l’indéfectible poil à gratter des agences
réglementaires : « Si elles admettent qu’elles ont fait une erreur, cela
entraînera une perte de confiance. Et puis, elles craignent sans doute
que cela ouvre les vannes, m’a-t-il expliqué avec un ton franchement
accusateur. Il y a des gens qui risquent de dire : peut-être n’avez-vous
pas fait une seule, mais plusieurs erreurs ; et peut-être que tout le
processus est défectueux ! L’aspartame est une boîte de Pandore : si
elle s’ouvre, c’est tout le système qui risque d’exploser. C’est aussi
vrai pour le bisphénol A, un autre produit symbolique de l’inefficacité
de la réglementation telle qu’elle fonctionne depuis un demi-siècle »…
Nos poisons quotidiens