Le diabète est une maladie ancienne dont les symptômes classiques : faim et soif importante avec augmentation du volume d’urine, maigreur ou au contraire obésité, risque de coma, sont bien connus par la majorité des guérisseurs ou tradipraticiens ;
de nombreuses plantes sont considérées traditionnellement comme antidiabétiques certaines sont à l’origine de la mise au point de médicaments ex : le biguanide metformine grâce au Gallega officinalis.
Devant l’augmentation considérable du nombre de diabétiques dans les pays dont le " niveau de vie " s’améliore (ex Inde, Chine, sud-est asiatique, pourtour méditerranéen), de nombreux chercheurs ont évalué l’action pharmacologique de ces plantes traditionnelles et donc leur intérêt en médecine quotidienne dans ces pays où les médicaments synthétiques sont malgré tout assez chers et où la tradition de médecine par les plantes est bien ancrée dans les mœurs ( ex : au Maroc, une enquête dans un groupe de diabétiques (type 2) révèle que 25% n’utilisent que des plantes pour se soigner).
Dans les pays « riches » où le traitement du diabète (insuline- médicaments) est d’un accès facile, il est apparu intéressant d’utiliser la phytothérapie, seule ou en complément, pour diminuer la dose de médicaments synthétiques, mais aussi parce que certains phytomédicaments semblent en même temps capables de lutter contre les complications du diabète (sclérose des vaisseaux sanguins, dépôt athéromateux, artérites et artériolites, hypertension, infections.)
Deux types de substances végétales semblent intéressantes :
celles qui agissent à la manière de l’insuline ou des autres médicaments hypoglycémiants :
- en empêchant l’absorption du glucose au niveau intestinal
- en augmentant la synthèse et la libération de l’insuline pancréatique
- en diminuant celle du glucagon
- en accélérant la consommation du glucose sanguin (absorption dans les cellules, synthèse du glycogène, des graisses ou des protéines).
D’autres , principalement des tanins,
- agissent sur le diabete lui-même au niveau cellulaire, en favorisant l’action de l’insuline ( en diminuant la résistance à l’insuline)
- et sur les complications du diabète par leur pouvoir antioxydant et antienzymatique, neutralisant l’effet des radicaux libres et limitant la réaction inflammatoire dans les différents tissus.
Certains extraits de plantes contiennent parfois ces deux types de substances.
Les composés soufrés sont les molécules actives, la fraction extraite par l’éther éthylique est la plus antidiabétique.
Utilisation :
consommation quotidienne d’oignon cru à raison de 30 à 40 g par jour (assez difficile à supporter), mais l’oignon cuit et son extrait aqueux sont également hypoglycémiants (soupe, infusion), ou teinture mère (40 à 50 gouttes 3 fois par jour)
L’oignon possède des propriétés hypoglycémiantes, antihyperglycémiantes, antioxydantes et il abaisse le taux des lipides sanguins.
Les graines de fénugrec, connues pour leurs capacités à faire prendre du poids en cas d’amaigrissement ou de fonte musculaire, sont aussi hypoglycémiantes.
Elles contiennent, en particulier, un acide aminé (4-hydroxyisoleucine) qui accroît la libération d’insuline pancréatique aussi bien chez l’animal (rat) que l’homme.
Les extraits aqueux des feuilles sont également hypoglycémiants et antyhyperglycémiants.
Chez l’homme, un essai clinique, a montré que 50 g de poudre de graines, 2 fois par jour pendant 10 jours, chez des diabétiques non insulinodépendants, réduisait de façon significative la glycémie a jeun et la fuite urinaire du glucose ainsi que le taux de lipides sanguins.
L’effet hypoglycémiant est proportionnel à la dose ingérée qui pourrait donc être abaissée dans un traitement au long cours.
L’extrait éthanolique (teinture) est également hypoglycémiant chez l’animal (je ne connais pas d’essais chez l’homme).
Juglans regia (noyer)
Rubus fructicosus (ronce)
Rubus idoeus (framboisier)
Fragaria vesca (fraisier)
Morus nigra (mûrier)
Vaccinium myrtillus (myrtille)
Camellia sinensis (thé vert)
Les feuilles et les bourgeons de ces plantes contiennent des tanins "médicinaux" et souvent d’autres composés protecteurs vasculaires ou anti-inflammatoires.
Les tanins inhibent certains enzymes déclenchant ou participant à la réaction inflammatoire, laquelle est peut-être une des causes de l’inefficacité (résistance) de l’insuline au niveau cellulaire.
L’infusion est la préparation la plus simple :
30 à 40 g de feuilles (une petite poignée)
dans 1 litre d’eau très chaude,
infuser 15 minutes,
boire 3 à 6 tasses par jour
Pour le thé vert se contenter des proportions de l’infusion traditionnelle.
On peut aussi employer les teintures mères quand elles existent:
ex : Vaccinium myrtillus
ou la macération glycérinée de bourgeons en 1D
de Juglans regia,
50 gouttes trois fois par jour
Dans les régions tropicales et subtropicales on trouve de nombreuses plantes au potentiel antidiabétique ou dont les feuilles, l’écorce, les fleurs ou les fruits contiennent des tanins utilisables en médecine humain
Voici quelques exemples:
Très utilisée aux Indes malgré sont risque toxique ; la médecine ayurvédique emploie les extraits du fruit, des graines, les feuilles ou la plante entière.
La substance active probable est un peptide ( comme l’insuline).
Des essais cliniques chez l’homme (diabétique) ont montré que l’administration régulière d’extrait de Momordica charantia entraîne une baisse significative de la glycémie.
Cette plante (amère) est utilisée crue (jus, salade), cuite à l’eau (soupe, infusion, épinard), ou frite à l’huile.
C’est une plante considérée traditionnellement comme antidiabétique dans de nombreuses régions tropicales.
Elle contient de nombreux alcaloïdes.
L’expérience montre que les extraits aqueux et éthanoliques (teinture) des feuilles administrées par voie orale chez des rats normaux entraînent une légère baisse de la glycémie et sont antihyperglycémiques chez des rats artificiellement diabétiques.
Le " thé " de pervenche de Madagascar (mode d’absorption traditionnel) est peut-être aussi anorexiant (coupe l’appétit, donc favorise le suivi du régime).
Syzygium cumini (jamelonguier, pistas)
Plusieurs parties de l’arbre sont hypoglycémiantes :
les graines (extrait aqueux et éthanolique, poudre), le fruit, les feuilles (décoction légère ou infusion).
C’est une plante qui contient beaucoup de tanin, les fruits sont astringents ;
les différents extraits entraînent une baisse assez rapide de la glycémie (probablement par libération d’insuline) avec synthèse de glycogène dans les muscles et le foie (ce qui correspond à l’action de l’insuline libérée)
On ne note pas d’effet toxique chez l’animal (rats diabétiques)
Ficus bengalensis (figuier sacré, banyan des Indes)
L’écorce de cet arbre majestueux (ou plutôt de ses racines aériennes) contient plusieurs molécules (glucosides et flavonoides) présentant des propriétés hypoglycémiantes et antihyperglycémiques.
Le glucoside "leucopélargonidine" est le plus efficace : effet hypoglycémiant et baisse des lipides sanguins avec augmentation significative de la libération d’insuline.
L’écorce contient aussi des tanins
Ces arbres contiennent beaucoup de tanins.
En médecine traditionnelle Hindou, ils sont souvent utilisés dans des préparations associant plusieurs plantes.
La combinaison de leur extraits méthanoliques est commercialisée (Triphala);
administrée par voie orale, 100mg/kg/jour, elle abaisse de façon significative la glycémie (baisse de la résistance à l’insuline);
l’action antioxydante, antiradicaux libres, l’inhibition de certains enzymes (peroxydases) limitent la réaction inflammatoire tissulaire.
Caesalpinia bonducella
C’est une liane puissante, épineuse, des littoraux tropicaux, souvent considérée comme une peste végétale envahissante.
Cette plante, originaire de la région indo-malaise était utilisée par les indigènes des îles Andaman et Nicobar pour soigner les symptômes du diabète.
Des essais sur l’animal ont montré que l’extrait aqueux et éthanolique (teinture alcoolique) de la partie extérieure de la graine (pas l’amande) semblent pouvoir contrôler l’hyperglycémie du diabete de type2 tout en diminuant le taux du cholestérol et des triglycérides sanguins.
Cette plante possède par ailleurs beaucoup d’autres propriétés médicinales.
Phyllantus niruri
En médecine ayurvédique, on prescrit cette petite plante tropicale très répandue pour ses propriétés diurétiques et hypotensives (bien connues) mais aussi hypoglycémiantes à raison de 5g par jour par voie buccale en fractionnant cette dose dans la journée.
Les fleurs rouges du grenadier contiennent du tanin mais en moins grande quantité que les autres parties de cet arbuste.
Elles sont considérées comme un remède contre le diabète dans la médecine Unani(Indes), ce qui a été vérifié chez le rat diabétique (dose : 400mg par kg)
CONCLUSION
Les plantes médicinales ou leurs extraits semblent intéressants dans le cas d’un diabète non insulino dépendant (type2 ).
On prendra garde toutefois à ne pas supprimer brutalement les médicaments prescrits ou utilisés, mais à abaisser leur posologie progressivement (c’est le bon sens) jusqu’à la suspension éventuelle de leur prise mais toujours en surveillant l’évolution de la glycémie et de la glycosurie.
L’association de 2 ou 3 plantes paraît souhaitable, certaines agissent sur la libération d’insuline d’autres au niveau cellulaire périphérique, comme piégeur de radicaux libres, sur le métabolisme des lipides, l’hypertension.
Exemples :
Oignon et myrtille
Oignon et noyer
Fenugrec et ronce
Fenugrec et olivier.
Les tanins ne sont pas sans dangers ; à forte dose ils perturbent la digestion et l’assimilation des aliments, entraînent de la constipation voire favorisent la cancérogenèse digestive.
On utilisera donc les plantes à tanin en cures limitées ou à dose réduite (thé vert, thé de ronce, teinture-mère de noyer ou de myrtille)
Les plantes antidiabétiques peuvent entraîner une chute trop brutale de la glycémie avec malaise hypoglycémique, voire coma, au même titre que l’insuline ou les autres médicaments hypoglycémiants, surtout si ces plantes sont associées à un traitement déjà existant et qui équilibrait le diabete.
Par ailleurs, la recherche d’un traitement bon marché amène parfois des malades du diabète à utiliser un peu n’importe quelle plante, certaines peuvent être antidiabétiques mais à des doses qui les rendent toxiques, d’autres sont trop dangereuses pour un usage antidiabétique (une enquête au Maroc révèle que certains malades utilisent pour soigner leur diabète des plantes aussi toxique que le laurier rose ou le ricin).
Comme toujours le bon sens doit prévaloir et les informations doivent être contrôlées ou vérifiées.
Ceci dit, les plantes médicinales peuvent dans certains cas (prédiabète, diabete modéré) être le seul traitement (associé au régime) et dans les autres cas (toujours diabète type2) peuvent contribuer à faire baisser la posologie des médicaments antidiabétiques tout en luttant contre les complications de cette « maladie ».